
Le 2 juillet 2010
Dimanche 27 juin avait lieu le dépôt de gerbe commémorant le départ des « Loups du Bois-le-prêtre » à l’invitation de la commune de Montauville et de son maire, Pascal Fleury.
Représentant Jean-Pierre Masseret, président de la région lorraine et ancien secrétaire d’Etat aux anciens combattants, j’ai eu l’honneur de participer à cette cérémonie, en présence de nombreux élus communautaires.
La vie d’un élu local est marquée de moments singuliers. Celui-ci en fut un.
Cette journée là était ensoleillée, chaude et propice aux petits bonheurs simples d’une vie de famille paisible. Je connais bien cet endroit du bois-le-prêtre pour y courir souvent avec quelques compagnons, amateurs comme moi d’efforts inutiles…
Au delà de la beauté des lieux, ce qui marque forcément le promeneur c’est cette présence incontournable de la guerre. Bien que la nature ait repris ses droits, la terre reste marquée, retournée, labourée d’un drame amorcé à l’été 1914, fleur au fusil…
La première guerre mondiale a fait, selon les estimations, entre 9 et 10 millions de morts et 20 millions d’invalides. Les nationalismes exacerbés venaient de faire basculer l’humanité dans la « modernité ». Les chercheurs en histoire sociale, culturelle, et religieuse nous éclairent aujourd’hui sur l’immense impact de cette guerre sur nos sociétés, en complément d’une histoire militaire bien sûr indispensable.
Mais le sens particulier de ce conflit, sa violence inouïe et sa barbarie, nous heurtent davantage dans sa transcription concrète, proche.
Le secteur du Bois le prêtre fut investi par les allemands dès septembre 1914. Dès lors la conquête de cette colline devînt un enjeu stratégique que se disputèrent inlassablement les 128ème et 73ème DI françaises et les 37ème et 46ème IR allemands.
La croix des Carmes, simple croix en bois, devînt le symbole involontaire d’une guerre devenue guerre de « positions ». Le sommet de la colline fût gagné par nos troupes le 07 juin 1915 et la croix des carmes mise à l’abri plus en contrebas, sur les hauteurs du cimetière du Pétant.
Cette position sera regagnée par les allemands un mois plus tard et la ligne de front se fixera sur le secteur pour trois ans…
De l’été 1914 au printemps 1915, 14 000 hommes trouveront la mort. Pourtant cet été 14 aurait pu être un été comme celui qui s’amorce…
Comment s’imaginer que cet endroit, aujourd’hui idyllique, a été pour des milliers d’hommes la transcription de l’enfer sur terre.
Lignes proches, utilisation de lance-flammes et de gaz de combat, offensives finissant souvent au corps à corps, pluie, froid et maladies transformaient le quotidien de ces jeunes hommes en non sens. La peur était permanente.
Pourtant à quelques encablures de ce bourbier vite devenu inextricable, une ville et des villages proches témoignaient encore d’une possible civilisation. Inaccessible à jamais pour les « loups » du bois le prêtre.
14 000 morts en moins d’un an. L’équivalent de la population de Pont à Mousson. Fauchés, tous, par l’échec du politique.
Depuis 1923, un monument réalisé par Emile Just Bachelet, en collaboration avec Victor Prouvé notamment, et inauguré en présence de Raymond Poincaré, rappelle ce moment. Il est situé à la place de l’ancienne croix.
Les âmes de milliers de jeunes gens y sont restées. Lorsque vous vous promènerez, avec vos enfants, dans cette forêt, je vous invite à faire le détour en direction de cette Croix des Carmes.
En lien avec les associations d’anciens combattants, dans le prolongement du travail initié par la mairie de Montauville, nous devons maintenir ce devoir de mémoire et la reconnaissance de ce site.
Raymond Queneau a dit de l’histoire qu’elle est « la science du malheur des hommes ». Par nous, dans la diversité de nos engagements, elle doit également être le fondement d’un possible avenir…